Discours de S.E. M. Jean Lamy, Ambassadeur de France au Burundi
Excellence M. le Ministre de la Jeunesse, des Sports et de la culture, cher Jean-Jacques ;
Monsieur le représentant de Madame la Ministre de l’Agriculture et de l’Elevage, en charge de la Pêche ;
Monsieur le Conseiller Régional, chef de la délégation de la Région des pays de la Loire ; Madame la responsable du bureau de représentation de la région Pays de la Loire au Burundi
Monsieur l’Administrateur de la Commune de Rumonge, représentant Madame le Gouverneur de la Province de Bururi,
Madame la Directrice de la Direction de l’Eau, des Pêches et de la Pisciculture ;
Monsieur le président de l’association pour le Développement et l’Encadrement des Pêcheurs de Rumonge (ADEP) ;
Monsieur le président de l’Association des Vendeurs de Poissons du Marché de Bujumbura (AVEPOMABU) ;
Monsieur le président de la Fédération des Pêcheurs et des Fournisseurs de Poissons du Burundi (FPFPB) ;
Madame la Directrice de la banque CECM ;
Mesdames et Messieurs les représentants des organismes partenaires du développement du Burundi et des opérateurs du secteur privé actif pour le développement de la filière pêche et poisson frais au Burundi ;
Mesdames et Messieurs, chers amis
C’est pour moi un très grand plaisir que de participer ce matin, ici à Rumonge, sur la rive de ce beau lac Tanganyika, à la visite de ce projet exemplaire de développement d’une filière de commerce de poisson sous glace et à l’inauguration de la poissonnerie de Rumonge.
Quand la Région Pays de la Loire a souhaité, en 2007, mener des actions de développement au Burundi, dans le secteur agro-alimentaire, le dialogue avec nos partenaires burundais a fait apparaître très vite que le secteur de la pêche au Burundi était un secteur-clé.
Le secteur des pêches au Burundi fait vivre environ 100000 personnes et contribue à 1/3 des protéines animales consommées par la population. C’est dire toute son importance. Or, il y a peu, le poisson frais, faute de moyens de conservation, n’atteignait pas l’intérieur du pays.
Le projet prend ainsi forme et l’action conjointe des acteurs concernés burundais, de la région pays de la Loire et de la coopération de l’Ambassade de France permet au projet de voir le jour. On peu en rappeler ici les principales étapes :
mars- octobre 2007 : des missions d’expertise sur place de la Région pays de la Loire débouchent sur le choix de s’orienter sur un projet « Appui à la conservation du poisson du Lac Tanganyika » en lien avec la Direction des Pêches du Ministère de l’Agriculture, de l’Elevage et de la Pêche et l’association pour le Développement et l’Encadrement des Pêcheurs de Rumonge (ADEP)
Novembre 2007 : signature d’un protocole FSD entre l’ADEP et l’Ambassade de France pour un montant de 50 000 euros sur 2007-2009 pour un montant total du projet de 150 000 euros.
Objectifs du projet
 Augmenter la capacité de conservation du poisson du lac Tanganyika
 Améliorer les conditions de vente du poisson sur le marché intérieur
 Faciliter l’exportation vers la sous région Rwanda - RDC - Tanzanie à moyen terme
avril 2008 : arrivée de la machine à glace et construction des locaux de vente et de gestion de la glace (abri machine + bureaux ADEP)
juillet 2008 : démarrage effectif du projet, dans sa première phase : vente de glace, détection des commerçants, détection des distributeurs, travail de prospection pour les débouchés de la filière de vente du poisson sous glace
avril 2009 : signature d’un protocole d’accord entre tous les acteurs de la filière de vente de poisson sous glace et la Région Pays de la Loire :
– ADEP (association pour le Développement et l’Encadrement des Pêcheurs de Rumonge)
– AVEPOMABU : Association des Vendeurs de Poissons du Marché de Bujumbura
– FPFPB : Fédération des Pêcheurs et des Fournisseurs de Poissons du Burundi
– Direction des Pêches
– Région des Pays de la Loire
Ensuite, de mai 2009 à novembre 2010, le projet se développe : de l’outil de conservation du poisson au développement d’une filière économique
au départ, le projet est centré sur la nécessité de trouver un mode de conservation du poisson qui soit rentable et adapté aux moyens locaux (le choix s’oriente assez vite vers une machine de confection de glace paillette d’un rendement de 6 tonnes/jour)
à partir du protocole de création de la filière- avril 2009- , un Comité de pilotage se réunit chaque vendredi dans les Bureaux de la Région Pays de la Loire à Bujumbura avec chaque structure représentée pour mettre au point une filière économique partant de la pêche jusqu’à la distribution du poisson avec une organisation en réseau de toutes les associations mentionnées plus haut
février 2010 : ouverture officielle de la première poissonnerie de vente de poissons sous glace à Bujumbura tenue par l’AVEPOMABU
de mars à juillet 2010 : ouverture de 2 nouvelles poissonneries à Gitega (FPFPB) et Ngozi (AVEPOMABU) avec 9 emplois créés au total sur les 3 poissonneries (Buja inclus)
novembre 2010, aujourd’hui : ouverture de la poissonnerie de Rumonge (ADEP responsable)
Au total, on peu d’ores et déjà se féliciter des résultats obtenus, notamment pour les pêcheurs, pour les commerçants et les distributeurs , pour la direction des pêches, et aussi bien sûr pour les consommateurs de poisson.
pour les pêcheurs : il existe désormais de nouveaux débouchés de vente du poisson au niveau du marché intérieur au Burundi avec des possibilités de conservation intéressantes qui permettent de couvrir les délais d’acheminement et de vente. Auparavant, seul le poisson séché pouvait être vendu et beaucoup de poisson demeurait sans preneur et gaspillé dans les ports de pêche
pour les commerçants et les distributeurs, existe maintenant la possibilité de développer une filière de vente de poisson frais à travers le pays, très rentable car la demande des restaurateurs et des particuliers en poisson frais est extrêmement forte (produit recherché)
pour la direction des pêches : le projet permet l’accompagnement de la création d’une filière économique en incluant dès le départ les enjeux de réglementation de la pêche (données sur les pêches, taille des filets, jours de pêches, etc..) et les enjeux sanitaires (sensibilisation sur les dangers de consommer du poisson avarié, communication avec les acteurs de la filière).
pour les consommateurs, que nous sommes tous, le projet garantit l’accès à un produit frais, sans risque sanitaire, essentiel à l’équilibre nutritionnel.
Bref, le projet de création d’une filière de commerce de poisson sous glace est à avantages multiples et partagés, « gagnant-gagnant », comme on dit, du pêcheur au commerçant, dans quatre poissonneries du pays, à partir de ce processus clé de conservation que permet la machine à glace de Rumonge.
Ce qui a été fait est bien, mais nous ne devons pas nous arrêter là, en si bon chemin. Il faut, tout en maintenant la capacité de fonctionnement du dispositif - les questions de maintenance, notamment de la machine, sont très importantes- aller plus loin, améliorer et étendre encore les bénéfices de ce projet. A cet égard, quelles sont les perspectives pour 2011-2012 ?
Il y a encore de nombreuses choses à faire : améliorer la rentabilité de la machine (avec le développement de la filière, la demande de glace va augmenter notamment dans les autres ports de pêche, ainsi que dans les points de vente sous glace à Bujumbura, Gitega, Ngozi, Rumonge, où les espaces de vente doivent être aménagés), des espaces de stockage de glace supplémentaires vont être nécessaires, la capacité en moyen de transport de la glace et du poisson doit être assurée, des actions de formation des pêcheurs et des commerçants, mais aussi de communication sur la filière « poisson sous glace » devront être poursuivies et étendues…
Au-delà, d’autres pistes s’ouvrent :
il convient de poursuivre la consolidation de cette filière économique émergente à travers la création d’une interprofession plus forte pour pénétrer de nouveaux marchés dans les pays voisins avec une stratégie économique plus développée (marketing, dotations en équipements, structuration des acteurs du secteur…)
nous devons rechercher la poursuite de l’ouverture de nouvelles poissonneries dans les villes secondaires du Burundi et la multiplication des débouchés de vente au Burundi : bénéfices plus importants, création d’emplois doublée, partenariats plus formalisés avec des restaurateurs/hôtels…
une meilleure protection de la ressource halieutique en lien avec la Direction des Pêches : en effet aujourd’hui, le « mukeke », poisson le plus vendu dans le cadre de ce programme devient plus rare car la surpêche et la pollution ont déplacé les zones de densité de la ressource. Aujourd’hui, le poisson mukeke est beaucoup plus présent sur les rives du Tanganyika en Tanzanie. Or le dispositif « glace » du Burundi est connu maintenant en Tanzanie (Kigoma) et au Congo et la demande des pays voisins en glace va de fait augmenter en 2011.
Un cadre étatique adéquat sur la pêche : législation, accords de pêche avec Tanzanie et Congo RDC.
En résumé, le travail ne manque pas, et je suis sûr que l’excellent esprit de coopération qui a prévalu jusqu’à présent dans la mise en œuvre de ce projet perdurera.
Ce projet, outre le fait qu’il donne des résultats concrets et visibles, est exemplaire à plus d’un titre :
Exemplaire, du point de vue de la coopération entre acteurs et dans son ouverture au-delà des frontières : je veux parler, d’une part de la coopération entre tous les partenaires - pêcheurs, conservateurs, transporteurs, vendeurs, acheteurs…-, avec les autorités, locales et nationales, dans leur rôle d’accompagnement, mais aussi, bien sûr, entre Burundais et Français, et, dans cette dernière catégorie, entre la région Pays de la Loire et l’Ambassade de France au Burundi.
Mais le projet est aussi exemplaire, parce qu’il intègre, sur l’ensemble de la filière, des préoccupations sociales et économiques : 100000 personnes, je l’ai dit, vivent de la pêche au Burundi. Mais aussi, ce projet s’inscrit dans une logique économique et une démarche commerciale essentielles, où l’on regarde l’investissement, les coûts de fonctionnement, la question de la commercialisation, la rentabilité….
Le projet est exemplaire, enfin, parce qu’il s’inscrit dans une démarche de développement véritablement durable : A quoi servirait-il de développer cette filière si demain le poisson disparaissait ? Quel malheur ce serait ! Mais si l’on pêche trop, sans considération de la réglementation, si les mailles des filets sont trop petites, si la pollution s’étend, le poisson disparaitra.
Chacun connaît le mot de Mao Tse Toung : « Ne nous donnez pas de poisson, mais une canne à pêche pour pêcher le poisson », non pas le produit final, mais l’outil et les moyens pour fabriquer ou se procurer le produit. Or, dans le projet de Rumonge, la machine à glace, c’est le prolongement de la canne à pêche de Mao ; les quatre poissonneries, c’est le prolongement de la canne à pêche ; le « business plan » de développement de la filière, c’est le prolongement de la canne à pêche ; la protection de l’environnement pour préserver la ressource, c’est le prolongement de la canne à pêche…
L’Ambassade de France, pour ce qui la concerne, continuera à appuyer ce projet dans la phase nouvelle de montée en puissance qui s’ouvre, et dans toutes ses dimensions -économique, technique, sanitaire et sociale, juridique, environnementale, internationale.
Tous mes vœux vous accompagnent pour que le projet vive et se développe encore, pour le plus grand bénéfice de tous.
Je vous remercie.
